Accompagnement éducatif et social : 7 situations concrètes décortiquées pour mieux comprendre le métier

L’accompagnement éducatif et social est un métier qui intrigue souvent : on en entend parler dans les centres médico-sociaux, les établissements scolaires, les services d’aide à domicile, sans toujours comprendre en quoi il consiste concrètement. Pour un lycéen en phase d’orientation, un étudiant en réorientation ou un adulte en reconversion, il est difficile de se projeter sans exemples tangibles du quotidien professionnel.

Cet article propose 7 situations réelles et typiques, décortiquées pas à pas, pour illustrer ce que fait un accompagnant éducatif et social (AES) sur le terrain. À chaque situation, nous mettons en lumière les compétences mobilisées et les formations qui permettent de se préparer à ce type de missions.

Mieux comprendre le métier d’accompagnement éducatif et social

L’accompagnant éducatif et social intervient auprès de personnes en situation de handicap, de personnes âgées, de publics en difficulté sociale ou de jeunes ayant besoin d’un soutien éducatif. Son rôle n’est ni celui d’une infirmière, ni d’un simple aide à domicile : il se situe au carrefour de l’accompagnement quotidien, de l’éducation, de l’inclusion sociale et du soutien psychologique de proximité.

Le diplôme de référence est le Diplôme d’État d’Accompagnant Éducatif et Social (DEAES), accessible sans le baccalauréat, avec plusieurs spécialités (ou « domaines de formation » selon les référentiels) :

  • Accompagnement de la vie à domicile
  • Accompagnement de la vie en structure collective
  • Accompagnement à l’éducation inclusive et à la vie ordinaire (écoles, collèges, lycées…)

Avant de s’engager dans cette voie, il est essentiel de visualiser le quotidien : comment se déroule une journée type, quelles sont les responsabilités, quelles postures professionnelles sont attendues, quelles sont les limites du métier ? Les 7 situations qui suivent permettent de répondre concrètement à ces questions.

7 situations concrètes décortiquées pour comprendre le métier d’AES

1. Aider une personne âgée à domicile à rester autonome

Sophie, 43 ans, est AES dans un service d’aide et d’accompagnement à domicile (SAAD). Elle intervient quatre fois par semaine chez Mme Dupont, 87 ans, qui souhaite rester vivre chez elle malgré une perte d’autonomie.

Au programme de la matinée :

  • Accueil et prise de nouvelles (vérifier l’état général, l’humeur, les douleurs éventuelles)
  • Aide au lever et à la toilette, en respectant les capacités de Mme Dupont (lui laisser faire ce qu’elle peut seule)
  • Préparation du petit-déjeuner et vérification de la prise des médicaments (sans se substituer à l’infirmière ou au médecin)
  • Entretien léger du logement pour sécuriser l’environnement (enlever les tapis glissants, ranger les objets au sol)
  • Échanges autour du courrier, des démarches administratives simples, du planning de la semaine

Ce qui se joue dans cette situation :

  • Posture éducative : encourager la personne à faire seule ce qu’elle peut encore faire, pour maintenir son autonomie le plus longtemps possible.
  • Observation et vigilance : repérer les signes de dégradation de l’état de santé ou de l’état psychologique (perte d’appétit, repli sur soi, chutes répétées).
  • Coordination : transmettre les informations pertinentes à l’équipe (infirmière à domicile, responsable de secteur, famille).
  • Respect de la personne : préserver l’intimité et la dignité de Mme Dupont, même lors d’actes très intimes (toilette, habillage).

Formations mobilisées :

  • Module sur l’accompagnement de la personne dans les actes essentiels du quotidien (DEAES).
  • Sensibilisation à la bientraitance, aux droits des usagers et à l’éthique professionnelle.
  • Stages en structure d’aide à domicile ou en EHPAD durant la formation initiale.

2. Accompagner un enfant en situation de handicap à l’école

Lucas, 25 ans, est AES spécialisé dans l’accompagnement à l’éducation inclusive. Il travaille en collaboration avec l’Éducation nationale et suit plusieurs élèves en situation de handicap dans une école élémentaire.

Avec Inès, 9 ans, atteinte de troubles du spectre autistique, la matinée de classe se déroule ainsi :

  • Aider à l’installation en classe (organisation du bureau, repères visuels, emploi du temps simplifié)
  • Soutenir la compréhension des consignes de l’enseignant (les reformuler, les découper en petites étapes)
  • Mettre en place des outils adaptés (pictogrammes, timer visuel, cahier de communication)
  • Gérer les moments de surcharge sensorielle (proposer une pause, un coin calme, des activités de recentrage)
  • Faciliter les interactions avec les autres élèves pendant la récréation

Ce qui se joue dans cette situation :

  • Collaboration étroite avec l’enseignant : l’AES ne se substitue pas au professeur, il vient en soutien pour adapter les modalités d’apprentissage.
  • Compréhension des troubles : connaître les grandes caractéristiques de l’autisme pour adapter sa façon de communiquer.
  • Médiation sociale : favoriser l’inclusion de l’enfant dans le groupe-classe et lutter contre l’isolement.
  • Réflexivité : analyser ce qui fonctionne ou non, ajuster les outils et les stratégies.

Formations mobilisées :

  • Spécialité « éducation inclusive et vie ordinaire » du DEAES.
  • Modules sur le handicap, la communication alternative et augmentée, la connaissance du système scolaire.
  • Stages en école, collège ou lycée auprès d’élèves en situation de handicap.

3. Gérer une crise en foyer d’hébergement pour adultes handicapés

En structure collective, les situations de tension ne sont pas rares. Karim, 32 ans, AES en foyer d’hébergement pour adultes handicapés, est confronté un soir à une montée de colère d’un résident, Paul, 40 ans, qui refuse de rentrer après une sortie.

La situation se déroule ainsi :

  • Karim observe les signes précurseurs (agitation, hausse du ton, refus de dialogue).
  • Il cherche un espace plus calme pour discuter, loin du groupe, tout en garantissant la sécurité de chacun.
  • Il adopte une communication apaisante : voix posée, phrases courtes, reformulation du ressenti de Paul.
  • Il tente d’identifier la cause de la crise (frustration, incompréhension d’une règle, changement d’habitude).
  • Si nécessaire, il appelle un collègue en renfort et informe le cadre de permanence.

Ce qui se joue dans cette situation :

  • Gestion des comportements problèmes : sans jamais recourir à la violence ou à l’humiliation, en privilégiant la désescalade.
  • Connaissance des résidents : repérer les déclencheurs habituels d’angoisse ou de colère chez chacun.
  • Travail en équipe : ne jamais gérer seul une crise importante, savoir demander de l’aide.
  • Trace écrite : rédiger un écrit professionnel après l’événement (transmission, fiche d’incident).

Formations mobilisées :

  • Modules du DEAES sur l’accompagnement en structure collective, la gestion du stress et de l’agressivité.
  • Formations continues spécifiques à l’établissement (prévention de la violence, analyse des pratiques).
  • Apprentissage des écrits professionnels et de la transmission d’informations au sein de l’équipe.

4. Soutenir un jeune majeur en difficulté dans une démarche d’insertion

Dans certains services sociaux, les AES interviennent auprès de jeunes majeurs sortant de dispositifs de protection de l’enfance. Claire, 29 ans, accompagne Ahmed, 19 ans, qui vient d’obtenir un logement en foyer de jeunes travailleurs.

Objectif du jour : préparer un rendez-vous à la mission locale.

  • Claire aide Ahmed à rassembler ses documents (CV, attestation de scolarité, pièces d’identité).
  • Ils travaillent ensemble sur la présentation orale d’Ahmed : comment parler de son parcours, de ses projets.
  • Claire explique les rôles des différents interlocuteurs (conseiller mission locale, assistante sociale, psychologue).
  • Elle propose des simulations d’entretien pour réduire l’angoisse du rendez-vous.
  • Après le rendez-vous, elle débriefe avec lui : ce qui s’est bien passé, ce qui a été difficile, les prochaines étapes.

Ce qui se joue dans cette situation :

  • Accompagnement vers l’autonomie : ne pas faire à la place du jeune, mais avec lui, pour qu’il puisse ensuite faire seul.
  • Compréhension des dispositifs d’insertion : connaître les structures d’aide à l’emploi, à la formation, au logement.
  • Posture de soutien : encourager, valoriser les efforts, aider à dépasser les échecs et la peur de l’administratif.
  • Limites de rôle : savoir quand orienter vers un travailleur social diplômé (assistant de service social, éducateur spécialisé).

Formations mobilisées :

  • Modules sur l’accompagnement à la vie sociale et citoyenne, souvent abordés dans le DEAES.
  • Connaissance du secteur social et de ses partenaires (mission locale, Pôle emploi, associations spécialisées).
  • Stages en milieu d’insertion, en résidence sociale ou en service jeunesse.

5. Accompagner une personne en situation de handicap dans ses loisirs

Le rôle de l’AES ne se limite pas aux actes du quotidien. L’accès aux loisirs et à la vie sociale est au cœur de la mission d’inclusion. Thomas, 38 ans, accompagne régulièrement un groupe d’adultes en situation de handicap moteur au cinéma.

Une sortie « simple » implique en réalité de nombreuses compétences :

  • Anticiper l’accessibilité du lieu (rampe d’accès, ascenseur, toilettes adaptées, placement en salle).
  • Organiser le transport (véhicule adapté, horaires, temps de préparation des personnes).
  • Informer les participants sur le déroulé de la sortie (heures de départ et retour, film choisi, règles de sécurité).
  • Sur place, accompagner les déplacements en fauteuil, aider aux achats (billets, confiseries), tout en laissant le plus d’autonomie possible.
  • Après la séance, proposer un temps d’échange sur le film, stimuler l’expression des ressentis.

Ce qui se joue dans cette situation :

  • Organisation logistique : planifier, anticiper les imprévus, gérer le temps et la fatigue du groupe.
  • Inclusion sociale effective : permettre à des personnes souvent isolées de participer à la vie culturelle ordinaire.
  • Responsabilité : garantir la sécurité du groupe sans infantiliser les personnes.
  • Communication avec les familles ou tuteurs : informer, rassurer, recueillir les autorisations nécessaires.

Formations mobilisées :

  • Modules portant sur la participation à la vie sociale, très présents dans le référentiel du DEAES.
  • Apprentissage des règles de sécurité, de gestion de groupe et d’accompagnement des déplacements.
  • Stages en foyer de vie, service d’accompagnement à la vie sociale (SAVS) ou établissement médico-social.

6. Participer à un projet personnalisé en équipe pluridisciplinaire

L’AES ne travaille jamais seul : il fait partie d’une équipe composée d’éducateurs spécialisés, d’AMP, d’infirmiers, de psychologues, de médecins, d’assistants sociaux, etc. Julie, 31 ans, AES en établissement pour enfants polyhandicapés, participe aujourd’hui à une réunion de projet personnalisé.

Pour un jeune accueilli dans l’établissement, l’équipe :

  • Fait le point sur son évolution (motricité, communication, socialisation).
  • Fixe des objectifs réalistes pour les mois à venir (par exemple : prendre une part plus active au repas, utiliser un pictogramme pour exprimer un besoin).
  • Définit les moyens à mettre en œuvre (matériel adapté, temps spécifiques, accompagnement renforcé sur certains moments).
  • Répartit les rôles entre les différents professionnels et planifie les évaluations.

La contribution de Julie est essentielle :

  • Elle apporte son regard sur le quotidien du jeune (moments de la journée, réactions, préférences, progrès parfois invisibles pour les autres professionnels).
  • Elle décrit des situations très concrètes (repas, toilette, activités), ce qui permet d’ajuster le projet aux réalités du terrain.
  • Elle fait remonter les attentes de la famille, telles qu’elle les perçoit dans les échanges informels.

Ce qui se joue dans cette situation :

  • Travail en équipe : l’AES est reconnu comme un professionnel à part entière, avec une expertise sur le quotidien.
  • Capacité à argumenter : expliquer calmement ses observations, proposer des pistes, accepter la contradiction.
  • Maîtrise des écrits : contribution à la rédaction du projet personnalisé ou aux comptes rendus de réunion.

Formations mobilisées :

  • Modules du DEAES sur le travail en équipe pluridisciplinaire et la communication professionnelle.
  • Apprentissage des différents types de projets (projet personnalisé, projet d’établissement, projet d’activité).
  • Stages en établissements médico-sociaux où ces réunions sont régulières.

7. Renforcer le lien avec les familles et les aidants

Dans de nombreux contextes, l’AES est un interlocuteur privilégié des familles. En EHPAD, en foyer ou à domicile, il se retrouve souvent à la charnière entre la personne accompagnée, ses proches et l’équipe professionnelle.

Exemple : Marc, 40 ans, AES en EHPAD, échange avec la fille d’un résident nouvellement arrivé. Celle-ci s’inquiète de la perte de repères de son père et de son adaptation à la vie en établissement.

  • Marc prend le temps d’écouter ses inquiétudes sans les minimiser.
  • Il explique comment se passent les journées, quelles sont les activités proposées, comment l’équipe veille au bien-être des résidents.
  • Il partage, dans le respect du secret professionnel, quelques observations positives (le résident participe au repas, discute avec d’autres).
  • Il propose à la fille de noter ses questions pour la prochaine rencontre avec le médecin coordonnateur ou l’infirmière référente.

Ce qui se joue dans cette situation :

  • Communication bienveillante : accueillir les émotions parfois fortes des familles (culpabilité, peur, colère).
  • Positionnement professionnel : ne pas prendre parti contre l’équipe ou contre la famille, rester médiateur.
  • Limites du secret professionnel : savoir ce qui peut être dit, à qui, et ce qui doit rester au sein de l’équipe.

Formations mobilisées :

  • Modules sur la relation d’aide et la communication avec les proches aidants.
  • Sensibilisation au cadre légal (secret professionnel, droits des usagers, consentement).
  • Analyse des pratiques pour apprendre à gérer l’impact émotionnel de ces situations sur le professionnel.

Compétences clés développées dans les formations d’accompagnement éducatif et social

À travers ces 7 situations, plusieurs compétences transversales apparaissent, toutes travaillées dans les parcours de formation initiale et continue :

  • Compétences relationnelles et de communication : écoute active, reformulation, adaptation du langage à la personne accompagnée et à sa famille.
  • Capacité d’observation et d’analyse : repérer les besoins, les signes de fragilisation, les progrès, et savoir les transmettre à l’équipe.
  • Organisation et gestion du temps : enchaîner des accompagnements variés dans une même journée, avec des priorités parfois changeantes.
  • Connaissance des publics spécifiques : personnes âgées, handicap moteur, handicap psychique, troubles cognitifs, jeune public, précarité sociale.
  • Travail en équipe pluridisciplinaire : s’inscrire dans un cadre institutionnel, participer aux projets, respecter le rôle de chacun.
  • Éthique et respect des droits : dignité, intimité, consentement, autodétermination des personnes accompagnées.

Ces compétences se construisent progressivement, grâce à l’alternance entre enseignements théoriques et stages en milieu professionnel. Pour approfondir ces aspects, vous pouvez consulter notre dossier complet sur le métier d’accompagnement éducatif social et les parcours de formation associés, qui détaille les contenus pédagogiques, les débouchés et les passerelles possibles.

Comment se former au métier d’accompagnant éducatif et social

Le Diplôme d’État d’Accompagnant Éducatif et Social (DEAES)

Le DEAES est la porte d’entrée principale vers ce métier. Il est proposé par des centres de formation en travail social, des instituts régionaux de formation sanitaires et sociaux et parfois par des organismes rattachés à des structures hospitalières ou médico-sociales.

Caractéristiques du diplôme :

  • Niveau : diplôme de niveau 3 (équivalent CAP/BEP).
  • Conditions d’accès : pas de baccalauréat exigé, sélection sur dossier et/ou entretien, parfois épreuves écrites.
  • Durée : environ 12 à 18 mois, souvent en alternance (cours + stages).
  • Organisation : tronc commun + spécialité (domicile, structure collective, éducation inclusive).

La formation comporte :

  • Des enseignements théoriques (connaissance des publics, cadre institutionnel, projet personnalisé, communication, droits des usagers).
  • Des modules pratiques (gestes et postures, hygiène, techniques d’animation, accompagnement dans les actes de la vie quotidienne).
  • Plusieurs périodes de stage dans des structures variées pour découvrir les différents champs d’intervention.

Les voies d’accès pour adultes en reconversion

Pour les adultes déjà engagés dans la vie professionnelle, plusieurs solutions existent :

  • Formation initiale en centre de formation : avec possibilité de financement par la région, Pôle emploi ou un OPCO selon la situation.
  • Contrat d’apprentissage ou de professionnalisation : particulièrement adapté aux plus jeunes adultes et aux personnes souhaitant se former en étant salariées.
  • Validation des acquis de l’expérience (VAE) : pour les personnes justifiant d’une expérience significative dans le secteur (aide à domicile, AMP, auxiliaire de vie) et souhaitant obtenir le DEAES ou faire reconnaître tout ou partie du diplôme.
  • Passerelles et allègements de formation : pour les titulaires de certains diplômes proches (aide-soignant, auxiliaire de puériculture, ancien diplôme d’AMP ou d’AVS), des allègements de parcours sont possibles.

Choisir son établissement de formation

En France, de nombreux établissements sont habilités à dispenser la formation d’accompagnant éducatif et social :

  • Instituts régionaux du travail social (IRTS)
  • Écoles en travail social associatives ou privées reconnues par l’État
  • Instituts de formation rattachés à des hôpitaux ou à des associations gestionnaires de structures médico-sociales
  • Organismes de formation continue proposant des parcours modulaires pour adultes

Pour choisir votre établissement, il est recommandé de :

  • Comparer les modalités pédagogiques (présentiel, alternance, e-learning partiel).
  • Examiner les partenariats de stage proposés (EHPAD, foyers, services d’aide à domicile, écoles).
  • Analyser les taux de réussite au diplôme et les taux d’insertion professionnelle des diplômés.
  • Vérifier les possibilités de poursuite d’études ou de passerelles (par exemple vers le diplôme d’éducateur spécialisé, d’aide-soignant ou de moniteur-éducateur après quelques années d’expérience).

Les candidats, qu’ils soient lycéens, étudiants en réorientation ou adultes en reconversion, ont intérêt à se renseigner tôt sur les calendriers de sélection, les exigences des dossiers d’inscription et les aides financières mobilisables (bourses régionales, aides individuelles à la formation, dispositifs de transition professionnelle).

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