Que se passe-t-il vraiment derrière la porte d’un cabinet d’art-thérapie ? Pour beaucoup d’étudiants, de personnes en reconversion ou de professionnels du soin et du social, le métier d’art-thérapeute intrigue autant qu’il attire. Comprendre précisément le déroulé d’une séance est essentiel pour vérifier si cette voie professionnelle correspond à vos aspirations, mais aussi pour choisir la formation la plus adaptée.
Comprendre le rôle réel de l’art-thérapeute
Un professionnel du soin par la créativité, pas un simple animateur artistique
L’art-thérapeute utilise la création artistique (dessin, peinture, collage, modelage, musique, écriture, théâtre, danse, etc.) comme médiateur au service d’un objectif thérapeutique ou de mieux-être. Contrairement à un animateur ou à un professeur d’arts plastiques, son but n’est pas l’apprentissage d’une technique ni la production d’une œuvre réussie esthétiquement.
Son rôle consiste à :
- Créer un cadre sécurisé où la personne peut s’exprimer autrement que par la parole.
- Accompagner l’expression de conflits internes, d’émotions enfouies ou difficiles à verbaliser.
- Favoriser la restauration de l’estime de soi, du sentiment de compétence et de la capacité à se projeter.
- Soutenir des processus de changement (comportements, rapport au corps, image de soi, relation aux autres…).
- Travailler en lien avec d’autres professionnels (psychologues, médecins, éducateurs, orthophonistes, psychomotriciens, etc.).
Il ne s’agit donc ni d’un loisir créatif, ni d’une psychothérapie classique, mais d’un espace intermédiaire où l’art est utilisé comme un véritable outil de soin.
Avec quels publics et dans quels contextes ?
Les art-thérapeutes interviennent dans une grande diversité de structures, ce qui influence fortement la façon dont se déroulent les séances :
- Hôpitaux, cliniques et centres de soins : services de psychiatrie, oncologie, soins palliatifs, addictologie, rééducation fonctionnelle, etc.
- Structures médico-sociales : IME, MAS, FAM, foyers de vie, ESAT, services d’accompagnement pour personnes en situation de handicap.
- Établissements scolaires et universitaires : dispositifs de prévention, soutien aux élèves en difficulté, lutte contre le décrochage.
- Structures sociales : centres d’hébergement, associations d’aide aux victimes, structures d’insertion.
- Cabinets libéraux : accompagnement de personnes souhaitant travailler sur leur stress, leurs émotions, leur confiance en soi, ou traversant une période de crise (séparation, burn-out, deuil, reconversion, etc.).
Le déroulé d’une séance doit donc toujours être pensé en fonction du public (enfants, adolescents, adultes, personnes âgées, personnes en situation de handicap, etc.) et du cadre d’exercice.
Décoder une séance d’art-thérapie, étape par étape
Avant la première séance : demande, cadre et objectifs
Le travail d’un art-thérapeute commence souvent en amont de la première séance. Selon le contexte, plusieurs étapes préalables sont possibles :
- Réception de la demande : prescription médicale, orientation par un psychologue, demande d’un établissement ou initiative personnelle du futur patient.
- Collecte d’informations : contexte de vie, difficultés rencontrées, accompagnements déjà en place, diagnostic médical ou psychologique eventuel, attentes de la structure ou de la famille.
- Définition du cadre : nombre de séances envisagées, fréquence, lieu, durée, confidentialité, tarif en cas de libéral.
Pour un futur étudiant ou une personne en reconversion, comprendre cette phase préparatoire est important : elle montre combien le métier nécessite des compétences relationnelles, éthiques et organisationnelles, au-delà des seules techniques artistiques.
La séance de rencontre et d’évaluation initiale
La première séance a généralement une fonction d’évaluation, d’installation de la relation et de clarification de la demande. Elle comprend souvent :
- Un temps d’échange verbal : présentation mutuelle, histoire personnelle, parcours de soin, difficultés actuelles, attentes vis-à-vis de l’art-thérapie.
- Une explication du cadre : ce que l’art-thérapie peut – ou ne peut pas – apporter, les règles du dispositif (confidentialité, respect du matériel, non-jugement esthétique, liberté de participer ou non à certaines propositions).
- Une première mise en contact avec le médium artistique : exploration libre des matériaux (crayons, pastels, argile, collage…), exercice très simple ou observation de la manière dont la personne entre en relation avec le dispositif.
L’objectif n’est pas de « réussir une œuvre » dès la première séance, mais d’observer :
- La façon dont la personne investit l’espace et le temps de la séance.
- Ses réactions face au matériel artistique (plaisir, peur de mal faire, inhibition, excitation…).
- Ce qui émerge comme thème central : perte, colère, anxiété, difficulté relationnelle, etc.
Le rituel d’entrée : installer un cadre sécurisant
Dans les séances suivantes, un rituel d’entrée est souvent utilisé pour marquer le passage au temps thérapeutique :
- Accueil et recentrage : quelques minutes pour prendre des nouvelles, situer l’état émotionnel du jour, reformuler l’objectif du travail en cours si besoin.
- Rappel du cadre : durée de la séance, liberté de parole, droit de ne pas montrer son travail, confidentialité.
- Transition vers la création : parfois via un petit exercice corporel ou respiratoire, particulièrement dans les approches qui intègrent le mouvement ou la danse.
Ce rituel, que les formations spécialisées apprennent à structurer, constitue un élément clé de la pratique professionnelle. Il contribue à la sécurité psychique et permet aux participants, notamment les plus vulnérables, de repérer des repères stables.
Le cœur de séance : la proposition artistique
La partie centrale de la séance est consacrée à la création. Elle peut prendre différentes formes :
- Proposition libre : le patient choisit spontanément le médium et le sujet. L’art-thérapeute est présent pour soutenir, encourager, contenir.
- Consigne semi-directive : par exemple « représenter un lieu où vous vous sentez en sécurité », « dessiner une émotion », « modeler une forme qui symbolise votre colère ».
- Consigne plus structurée : protocoles spécifiques selon les objectifs thérapeutiques (travail sur le corps, sur les limites, sur la temporalité, sur le lien aux autres…).
L’art-thérapeute observe alors :
- La manière d’entrer dans la tâche (hésitations, impulsivité, perfectionnisme…).
- L’utilisation de l’espace sur la feuille ou dans le volume.
- Le choix des couleurs, des formes, des matériaux (sec/humide, dur/mou…).
- Les gestes (appui fort ou léger, répétition, effacement, superposition…).
- Les émotions visibles pendant la création (tension, plaisir, frustration, agitation, apaisement…).
Ces éléments ne sont pas interprétés de façon simpliste ou symbolique (« le rouge signifie la colère »), mais replacés dans l’histoire de la personne, son contexte et les séances précédentes.
Le temps de verbalisation : parler de ce qui s’est passé en créant
Une fois la phase de création terminée, un temps de retour est proposé. Il peut inclure :
- Une description factuelle : ce qui a été fait, les choix de matériaux, les difficultés rencontrées.
- Une mise en mots des ressentis : comment la personne s’est sentie avant, pendant et après la réalisation.
- Un questionnement ouvert de la part de l’art-thérapeute : « Qu’est-ce que vous remarquez quand vous regardez votre production ? », « Qu’est-ce qui vous surprend ? », « À quoi cela vous fait penser ? ».
- Un lien avec la vie quotidienne : certains modes de fonctionnement observés pendant la création peuvent faire écho aux difficultés rencontrées dans la réalité (rapports aux règles, à l’échec, à l’imprévu, aux autres…).
Dans certaines approches, la verbalisation peut être très limitée (surtout avec des personnes non verbales, des jeunes enfants ou des patients présentant de lourds troubles cognitifs) et passer davantage par des reformulations simples, des gestes ou des rituels de fin.
La clôture de la séance : contenir et préparer la suite
Le dernier temps de la séance a pour fonction de « refermer » l’espace thérapeutique de manière sécurisante :
- Rangement du matériel, parfois partagé avec la personne si cela a du sens dans le cadre thérapeutique.
- Choix du devenir de l’œuvre : elle peut rester dans le cabinet, être emportée, rangée dans un portfolio, parfois détruite si cela fait partie du travail symbolique.
- Synthèse rapide par l’art-thérapeute, en mettant en avant les points d’appui (ressources mobilisées, petits changements observés).
- Projection vers la séance suivante : rappeler la date, évoquer une piste de travail ou un fil conducteur.
Cette structuration précise du temps fait partie intégrante des compétences professionnelles que les formations en art-thérapie cherchent à développer chez les futurs praticiens.
Les coulisses invisibles du travail d’art-thérapeute
Observation, analyse et écrits professionnels
Une part importante du travail ne se déroule pas devant le patient, mais en dehors des séances. L’art-thérapeute consacre du temps à :
- Rédiger des notes cliniques après chaque séance : déroulé, éléments significatifs, hypothèses de compréhension, pistes pour la suite.
- Analyser l’évolution sur plusieurs séances : thèmes récurrents, changements dans la manière de créer, variations émotionnelles.
- Adapter le cadre et les objectifs en fonction des progrès ou des nouvelles difficultés.
Dans les institutions, ces écrits doivent respecter des normes (dossier patient, protocole de service, confidentialité). Les formations sérieuses intègrent donc un apprentissage rigoureux des écrits professionnels, indispensable pour collaborer avec les équipes pluridisciplinaires.
Travail en équipe et coordination avec d’autres professionnels
En milieu institutionnel, l’art-thérapeute ne travaille presque jamais seul. Il participe souvent :
- À des réunions de synthèse avec médecins, psychologues, éducateurs, infirmiers, assistantes sociales.
- À la construction de projets de soin ou d’accompagnement individualisés.
- Au partage d’observations issues des séances d’art-thérapie, toujours dans le respect du secret professionnel.
Cette dimension collective du travail implique des compétences en communication professionnelle, en éthique, et une capacité à situer sa pratique dans un réseau de soins ou d’accompagnement. Elle est particulièrement importante à prendre en compte pour les personnes qui envisagent une formation en art-thérapie après des études de psychologie, de travail social, de soins infirmiers ou d’éducation spécialisée.
Supervision, analyse de la pratique et formation continue
Comme dans les autres métiers de la relation d’aide, l’art-thérapeute est confronté à des situations émotionnellement exigeantes. Pour maintenir la qualité de son travail, il s’appuie généralement sur :
- Une supervision régulière individuelle ou en groupe, avec un professionnel expérimenté.
- Des espaces d’analyse de la pratique au sein de l’institution.
- Une formation continue (approfondissement de certains publics, de certains médiums artistiques, de théories psychothérapeutiques, etc.).
Pour les personnes en réflexion d’orientation, il est utile de savoir que l’engagement dans ce métier ne se limite pas à la formation initiale : il suppose une démarche de développement professionnel permanent.
Se former pour animer des séances d’art-thérapie : quelles voies possibles ?
Le cadre de la profession en France
En France, la profession d’art-thérapeute n’est pas encore réglementée par un titre d’État unique, ce qui rend le choix de formation particulièrement stratégique. On trouve :
- Des diplômes universitaires (DU) d’art-thérapie, souvent accessibles après un bac+2 ou bac+3 dans le domaine du soin, du social ou de la psychologie.
- Des écoles spécialisées en art-thérapie proposant des cursus de plusieurs années, parfois reconnus au RNCP, parfois non.
- Des modules de spécialisation pour des professionnels déjà en poste (infirmiers, éducateurs, psychologues, psychomotriciens, orthophonistes…).
Pour vérifier la solidité d’une formation, plusieurs critères sont à examiner :
- Volume horaire global (enseignement théorique, pratique artistique, stages, supervision).
- Profil de l’équipe pédagogique (art-thérapeutes en exercice, médecins, psychologues, artistes, chercheurs).
- Qualité et diversité des stages proposés.
- Reconnaissance du diplôme dans les structures de soin et médico-sociales.
Pour aller plus loin sur ces aspects et comparer les parcours envisageables, vous pouvez consulter notre dossier complet dédié aux différentes formations d’art-thérapeutes, qui détaille les cursus, les prérequis et les débouchés.
Profils d’étudiants et de personnes en reconversion
Les personnes qui se dirigent vers l’art-thérapie viennent de horizons très variés :
- Étudiants en psychologie, sciences de l’éducation, arts plastiques souhaitant ajouter une dimension clinique à leur parcours.
- Professionnels du soin (infirmiers, aides-soignants, psychomotriciens, ergothérapeutes) cherchant un outil complémentaire centré sur la créativité.
- Travailleurs sociaux et éducateurs spécialisés souhaitant enrichir leurs pratiques d’accompagnement.
- Artistes ou enseignants en arts désirant se professionnaliser dans le champ du soin et de la relation d’aide.
- Adultes en reconversion attirés par une activité qui allie dimension humaine, sens, et pratique artistique.
Selon votre profil initial, certaines formations demandent des prérequis (niveau d’études, expérience professionnelle, pratique artistique) ou recommandent de suivre au préalable des enseignements en psychologie, psychopathologie ou pédagogie.
Compétences à acquérir pour mener une séance de manière professionnelle
Au-delà de la maîtrise d’un médium artistique, les formations sérieuses en art-thérapie visent à développer un ensemble de compétences clés :
- Compétences cliniques :
- Notions de psychologie et de psychopathologie.
- Capacité d’observation fine et d’analyse.
- Connaissance des indications et contre-indications de l’art-thérapie.
- Gestion des situations de crise ou de décompensation.
- Compétences relationnelles :
- Écoute active et posture empathique.
- Capacité à poser un cadre clair et sécurisant.
- Gestion du transfert et du contre-transfert.
- Travail dans la durée avec des personnes vulnérables.
- Compétences techniques et méthodologiques :
- Conception de séances et de protocoles adaptés au public.
- Maîtrise de plusieurs médiums pour s’ajuster aux besoins.
- Conduite de séances individuelles et de groupes.
- Évaluation des effets du dispositif d’art-thérapie.
- Compétences professionnelles transversales :
- Écrits professionnels et transmissions en équipe.
- Connaissance du cadre légal, éthique et institutionnel.
- Capacité à construire et défendre un projet d’atelier ou de service.
- Gestion administrative et communication, notamment pour l’exercice libéral.
Choisir sa formation en fonction de son projet professionnel
La question centrale pour toute personne intéressée par ce métier reste : dans quel type de structure souhaitez-vous animer des séances, et avec quels publics ?
- Si vous visez un poste en établissement de santé, un diplôme universitaire ou une formation reconnue dans le secteur médico-social sera souvent privilégié.
- Si vous souhaitez exercer surtout en structure associative ou sociale, des formations axées sur l’accompagnement psychosocial et la médiation pourront être pertinentes.
- Si vous envisagez un exercice en libéral, il sera crucial d’acquérir également des compétences en création d’activité, en déontologie et en communication professionnelle.
Analyser le contenu pédagogique, les heures de stage, la place accordée à la supervision et la reconnaissance du diplôme par les employeurs potentiels fait partie intégrante d’une démarche d’orientation éclairée vers l’art-thérapie.
Se préparer dès maintenant pendant ses études ou sa vie professionnelle
Pour les étudiants et adultes en reconversion qui se projettent vers ce métier, plusieurs pistes peuvent être mises en œuvre en amont d’une inscription en formation :
- Renforcer sa pratique artistique personnelle (atelier, cours, pratique autonome) pour mieux connaître son propre rapport à la création.
- S’informer sur le champ du soin et du social : lectures, conférences, journées portes ouvertes d’établissements, échanges avec des professionnels.
- Effectuer des stages ou du bénévolat auprès de publics fragilisés pour tester sa motivation et ses capacités relationnelles.
- Explorer différentes approches thérapeutiques (psychologie, psychomotricité, médiations corporelles, etc.) afin de situer ce que l’art-thérapie peut apporter de spécifique.
En comprenant finement ce que font les art-thérapeutes dans une séance – de la préparation à la clôture, en passant par l’analyse et le travail en réseau – il devient plus facile de choisir une formation cohérente avec son projet professionnel et ses valeurs, et d’anticiper les exigences réelles de ce métier au croisement de l’art, du soin et de l’accompagnement.