Devenir art-thérapeute sans diplôme : 7 fausses croyances qui vous empêchent de vous lancer
En France, l’art-thérapie attire de plus en plus d’adultes en reconversion et d’étudiants en quête de sens. Pourtant, nombreux sont ceux qui n’osent pas franchir le pas, persuadés qu’il est impossible de devenir art-thérapeute sans un long parcours universitaire ou un « talent artistique » hors norme. Ces blocages reposent souvent sur des idées reçues qui freinent les projets professionnels, alors même qu’il existe aujourd’hui des parcours de formation structurés, reconnus dans le milieu, et adaptés à des profils très variés.
1. « Il faut forcément un diplôme d’art-thérapie pour exercer »
En France, la profession d’art-thérapeute n’est pas une profession réglementée par l’État au même titre que psychologue ou infirmier. Il n’existe donc pas de diplôme d’État d’art-thérapeute. Cela ne signifie pas que l’on peut exercer sans compétence ni formation, mais que plusieurs voies sont possibles :
- des certificats ou diplômes d’université (DU) proposés par certaines universités ;
- des formations spécialisées en écoles privées ou organismes de formation continue ;
- des parcours hybrides mêlant études initiales (psychologie, santé, travail social, arts) et spécialisation en art-thérapie.
La croyance selon laquelle un unique diplôme officiel serait obligatoire est donc fausse. Ce qui compte réellement pour exercer de manière crédible et pérenne :
- une formation solide en art-thérapie (théorie et pratique) ;
- un cadre déontologique clair ;
- une supervision et/ou analyse de la pratique ;
- une posture professionnelle adaptée (écoute, éthique, alliance thérapeutique).
Les employeurs (structures médico-sociales, associations, établissements de soins) vont surtout regarder :
- le sérieux du parcours de formation ;
- la qualité des stages et expériences de terrain ;
- la cohérence globale du profil (parcours antérieur, projet, spécialisation).
Pour les professionnels en libéral, ce sont la réputation, la communication, les recommandations, et la cohérence du parcours qui jouent un rôle majeur. Une formation structurée reste fortement recommandée, mais elle n’est pas nécessairement un diplôme d’État – puisqu’il n’en existe pas à ce jour pour l’art-thérapie.
2. « Sans bac+5 en psychologie ou en médecine, ce n’est pas sérieux »
Beaucoup pensent qu’il faut impérativement être psychologue clinicien, psychiatre ou médecin pour légitimer une pratique d’art-thérapie. Cette idée est réductrice. En réalité, le secteur de l’art-thérapie s’est construit à la croisée de plusieurs domaines :
- les sciences humaines (psychologie, psychanalyse, psychothérapie) ;
- les métiers de la santé (infirmier, ergothérapeute, psychomotricien) ;
- les métiers de l’animation, du social et de la médiation culturelle ;
- les pratiques artistiques (arts plastiques, théâtre, musique, danse, écriture, etc.).
Certains art-thérapeutes ont effectivement un bac+5 en psychologie ou en sciences humaines, mais de nombreux professionnels viennent d’horizons différents :
- éducateurs spécialisés, moniteurs-éducateurs, accompagnants éducatifs et sociaux ;
- infirmiers, aides-soignants, auxiliaires de puériculture ;
- professeurs des écoles, enseignants, animateurs socio-culturels ;
- artistes, auteurs, graphistes, comédiens, plasticiens.
Ce qui sera déterminant, pour quelqu’un qui n’a pas un long cursus universitaire :
- choisir une formation d’art-thérapie qui intègre un socle théorique en psychopathologie, en psychologie et en méthodologie de l’accompagnement ;
- accepter de se former à la relation d’aide, à l’écoute, à la gestion du cadre thérapeutique ;
- s’inscrire, si possible, dans une logique de formation continue (colloques, formations complémentaires, supervision).
Certains organismes exigent un niveau bac ou un diplôme dans le soin, l’éducatif ou l’artistique ; d’autres acceptent des adultes en reconversion sans diplôme, à condition que le projet soit solide et réfléchi. Il est donc important de comparer les prérequis et les programmes avant de s’engager.
3. « Il faut être un artiste confirmé pour accompagner les autres »
Une autre idée reçue très répandue consiste à croire qu’il faut être un « grand artiste » pour exercer en art-thérapie. Or, l’art-thérapie ne vise ni la performance artistique ni le jugement esthétique. L’objectif n’est pas de produire une œuvre « belle » mais de proposer un support d’expression, de symbolisation et de transformation.
Ce qui est attendu d’un futur art-thérapeute n’est pas un niveau de virtuosité artistique, mais :
- une bonne connaissance des médiums choisis (peinture, collage, modelage, écriture, théâtre, etc.) ;
- la capacité à adapter les outils aux capacités et besoins des personnes accompagnées ;
- une posture d’accompagnant plutôt que de « professeur d’art » ;
- une compréhension de ce que ces médiums mobilisent sur les plans émotionnel, corporel et psychique.
Dans les formations sérieuses, l’apprentissage passe souvent par :
- des ateliers personnels de pratique artistique pour expérimenter les médiums ;
- des mises en situation et jeux de rôle ;
- une réflexion sur la différence entre atelier d’expression artistique et dispositif thérapeutique ;
- une analyse de la posture : comment ne pas imposer son style, comment laisser place au processus du patient.
Un futur art-thérapeute débutant en pratique artistique peut donc tout à fait développer ses compétences au fil de la formation, à condition d’accepter d’explorer, de pratiquer et d’être accompagné dans cette progression.
4. « On peut s’improviser art-thérapeute sans vraie formation »
À l’inverse, certains pensent qu’il suffit d’être « créatif » et « à l’écoute » pour proposer des ateliers d’art-thérapie. C’est une croyance dangereuse, autant pour les personnes accompagnées que pour celui qui anime les séances. L’art-thérapie touche à l’intime, à la souffrance psychique, aux traumatismes, aux fragilités. Sans cadre ni compétence, l’accompagnement peut devenir intrusif, déstabilisant, voire délétère.
Une formation sérieuse d’art-thérapeute, même hors cadre universitaire, doit proposer au minimum :
- un enseignement en psychopathologie et en psychologie du développement ;
- un travail sur la relation thérapeutique, le transfert et le contre-transfert ;
- une réflexion approfondie sur le cadre (déontologie, confidentialité, place de l’art) ;
- des stages encadrés en institution ou en milieu associatif ;
- un accompagnement à la construction de projet professionnel.
Certains organismes de formation proposent :
- des cursus longs (1 à 3 ans) en présentiel ou en blended learning ;
- des modules spécifiques pour les professionnels du soin ou du social ;
- des formations accessibles en reconversion professionnelle via le CPF ou d’autres dispositifs de financement.
Pour les adultes sans diplôme ou sans expérience dans le secteur médico-social, plusieurs stratégies sont possibles :
- commencer par une formation de base en relation d’aide ou en animation ;
- compléter avec une formation spécialisée en art-thérapie ;
- rechercher des stages ou bénévolats dans des structures accueillant des publics fragiles (EHPAD, IME, hôpitaux de jour, centres sociaux).
L’enjeu n’est pas d’obtenir à tout prix un « papier », mais de construire progressivement une compétence professionnelle et un positionnement éthique solide.
5. « Sans diplôme, personne ne vous embauchera »
Ce blocage revient fréquemment chez les adultes en reconversion : la peur de ne jamais être recrutés sans diplôme universitaire de haut niveau. Dans la pratique, le marché de l’art-thérapie est diversifié, et les modes d’exercice le sont tout autant :
- activité salariée en institution (hôpitaux, cliniques, EHPAD, foyers, centres de rééducation) ;
- activité libérale en cabinet, à domicile ou en ateliers collectifs ;
- interventions ponctuelles dans des structures (scolaires, sociales, culturelles) ;
- collaborations avec des psychologues, psychothérapeutes, éducateurs spécialisés ou ergothérapeutes.
Dans les structures publiques, les recrutements sont parfois réservés à des professionnels déjà diplômés dans le champ de la santé ou du social (infirmier, éducateur, psychologue) qui ont ajouté une spécialisation en art-thérapie. Pour une personne sans diplôme initial, il peut donc être pertinent :
- soit de viser à moyen terme un diplôme dans le soin ou le social, puis une spécialisation ;
- soit de se diriger vers le libéral ou des interventions ponctuelles en partenariat avec des structures.
En libéral, l’absence de diplôme universitaire peut être compensée par :
- une formation reconnue par la profession (école référente, réseau connu) ;
- une communication claire et transparente sur son parcours ;
- un réseau de partenaires (médecins, psychologues, associations) capables d’orienter des bénéficiaires ;
- des retours d’expérience positifs et la recommandation par le bouche-à-oreille.
Le développement d’une activité d’art-thérapeute demande souvent :
- du temps (construire sa clientèle, se faire connaître) ;
- une réflexion sur le statut juridique (micro-entreprise, entreprise individuelle, portage salarial, etc.) ;
- des compétences transversales : communication, gestion, relation avec les partenaires.
Des ressources détaillées existent pour aider les adultes à comprendre les conditions d’accès, les compétences à acquérir et les formations adaptées à leur profil, comme par exemple ce dossier complet sur les parcours possibles pour exercer l’art-thérapie en France.
6. « Il est trop tard pour se reconvertir en art-thérapie »
Beaucoup d’adultes, parfois après 10, 15 ou 20 ans de carrière dans un autre secteur, se disent qu’il est trop tard pour changer de voie. Pourtant, l’art-thérapie est un domaine où la maturité personnelle, l’expérience de vie et le recul professionnel sont souvent vus comme des atouts.
La reconversion à 30, 40 ou 50 ans : un frein ou une force ?
Les publics accompagnés (adultes en souffrance psychique, personnes âgées, personnes en situation de handicap, adolescents en difficulté…) apprécient souvent la présence de professionnels :
- capables d’empathie et de compréhension du réel ;
- ayant traversé eux-mêmes des questionnements, des transitions ;
- stables, ancrés, avec une expérience de travail et de vie sociale.
Un projet de reconversion vers l’art-thérapie peut ainsi s’appuyer sur :
- d’anciennes compétences transférables (pédagogie, accompagnement, gestion de projet, pratique artistique, écoute) ;
- des formations aménagées pour les adultes (cours du soir, modules à distance, alternance) ;
- des dispositifs de financement de la formation (CPF, transitions pro, plan de développement des compétences, etc.).
Adapter la durée et le rythme de la formation
De nombreux organismes proposent aujourd’hui :
- des cursus modulaires sur 1 à 3 ans, compatibles avec une activité partielle ;
- des parcours individualisés tenant compte du niveau d’entrée et du projet ;
- des compléments possibles (stages, supervisions, ateliers d’approfondissement) après la formation initiale.
Pour un adulte sans diplôme, il peut être pertinent de :
- commencer par une remise à niveau ou un bilan de compétences pour clarifier le projet ;
- choisir une formation accessible sans exigence de bac+2 ou bac+3 mais offrant un contenu sérieux ;
- prévoir une période de transition progressive (activité principale + démarrage d’ateliers en parallèle).
La clé est de se donner un horizon réaliste : la reconversion en art-thérapie n’est pas instantanée, mais elle peut se construire sur plusieurs années, avec des étapes intermédiaires (formation, stages, bénévolat, projets pilotes).
7. « Les seules bonnes formations sont les plus longues et les plus chères »
Enfin, une croyance fréquente consiste à penser que seules les formations les plus coûteuses et les plus longues seraient valables. En réalité, la qualité d’une formation en art-thérapie ne se mesure ni uniquement au prix, ni uniquement à la durée. Plusieurs critères sont à examiner avant de s’inscrire :
Analyser le contenu pédagogique plutôt que le prestige affiché
Une formation pertinente en art-thérapie, quel que soit son coût, doit proposer :
- un socle théorique clair (histoire de l’art-thérapie, approches psychothérapeutiques, psychopathologie) ;
- des modules sur la méthodologie d’accompagnement (cadre, relation, évaluation des besoins) ;
- des ateliers de pratique artistique et leur exploitation en contexte thérapeutique ;
- des temps de réflexion éthique et déontologique ;
- un accompagnement vers la pratique professionnelle (stages, mémoire, projet professionnel).
Il est utile de vérifier :
- le profil des formateurs (art-thérapeutes en exercice, psychologues, professionnels de santé, artistes) ;
- les modalités de stage (obligatoires, supervisés, en institution) ;
- l’existence d’un suivi des anciens stagiaires (insertion, poursuite d’activité, réseau).
Comparer les formats : présentiel, distanciel, hybride
Les adultes sans diplôme ou en reconversion doivent souvent concilier formation, vie personnelle et, parfois, emploi en parallèle. Plusieurs formats existent :
- Formations 100 % présentiel : riches en expérientiel, travail de groupe, mises en situation ;
- Formations mixtes (blended) : théorie à distance, regroupements pour les ateliers pratiques ;
- Formations largement à distance : plus accessibles géographiquement, mais à compléter absolument par des expériences de terrain.
Le choix ne dépend pas uniquement du prestige supposé de tel ou tel institut, mais :
- de la capacité de l’apprenant à s’investir (temps, énergie, implication personnelle) ;
- de la pertinence du programme au regard du projet professionnel ;
- des possibilités de financement et du budget disponible.
Une formation plus courte peut constituer une première étape pour :
- découvrir la discipline et vérifier l’adéquation avec son projet ;
- expérimenter une posture d’accompagnant par l’art ;
- préparer ensuite un cursus plus long et plus approfondi.
Construire un parcours progressif et cohérent
Pour une personne souhaitant devenir art-thérapeute sans diplôme initial, une stratégie efficace consiste parfois à construire un parcours en plusieurs paliers :
- étape 1 : bilan de compétences, exploration du champ de l’art-thérapie, participation à des ateliers, lectures spécialisées ;
- étape 2 : première formation courte ou certifiante en médiation artistique ou art-thérapie, stages d’observation ;
- étape 3 : formation plus complète, approfondissement théorique, stages longs, supervision ;
- étape 4 : démarrage encadré de l’activité (en institution ou en libéral accompagné), développement du réseau professionnel.
Ce type de parcours permet :
- d’étaler l’investissement financier ;
- de clarifier progressivement son positionnement (type de public, médiums privilégiés, cadre d’exercice) ;
- de gagner en confiance et en légitimité au fur et à mesure.
Plutôt que de se laisser freiner par l’idée qu’une formation doit être forcément longue, coûteuse et réservée à quelques profils très diplômés, il est possible d’inscrire son projet dans une dynamique de formation tout au long de la vie et d’évolution progressive des compétences.
