Métier d’actrice : décryptage d’une journée de tournage de A à Z

Sur un CV ou une fiche de formation, le métier d’actrice peut sembler abstrait. Dans la réalité, une journée de tournage est une mécanique très précise, rythmée par des horaires parfois extrêmes, des enjeux artistiques, mais aussi techniques et organisationnels. Comprendre cette journée type est essentiel pour toute personne qui envisage une orientation vers le jeu d’acteur, que ce soit en formation initiale ou en reconversion professionnelle.
Préparation avant le tournage : le travail invisible de l’actrice
Lecture de scénario et construction du personnage
Bien avant d’arriver sur le plateau, une actrice passe de longues heures à travailler sur le scénario. Son objectif : comprendre l’arc narratif de son personnage, ses enjeux psychologiques, ses relations avec les autres protagonistes et l’évolution de ses émotions scène après scène.
- Analyse du scénario : repérage des scènes où le personnage est présent, compréhension du contexte dramatique, des intentions du réalisateur, du ton du film ou de la série.
- Construction du personnage : biographie fictive, traits de caractère, posture, façon de parler, tics de langage, registre de voix, niveau de langage (familier, soutenu, professionnel…).
- Travail émotionnel : préparation mentale pour accéder à certaines émotions (colère, tristesse, joie intense), parfois avec l’aide de techniques issues du théâtre ou de méthodes spécifiques (Stanislavski, Actors Studio, etc.).
Ce travail d’analyse est au cœur des formations professionnelles au métier d’actrice. Dans les écoles de théâtre, les conservatoires ou les écoles de cinéma, de nombreux exercices sont consacrés à l’étude de textes, à l’appropriation de dialogues et à la construction de personnages complexes.
Mémorisation et répétitions en amont
La mémorisation des dialogues est une étape incontournable et souvent plus exigeante qu’on ne l’imagine. Pour une journée de tournage, une actrice peut avoir plusieurs pages de texte à connaître sur le bout des doigts, en plus des consignes de mise en scène.
- Mémorisation structurée : répétitions quotidiennes, décomposition des scènes en unités de sens, association de mouvements à des répliques pour mieux retenir.
- Répétitions avec un partenaire : travail avec un autre comédien, un coach ou un metteur en scène pour fixer les intentions, le rythme, les silences, les ruptures.
- Préparation physique : échauffement vocal (diction, projection), échauffement corporel (souplesse, mobilité), surtout pour les scènes nécessitant une implication physique importante.
Les formations d’actrice accordent une place fondamentale à ces aspects pratiques. Que ce soit en licence arts du spectacle, dans un conservatoire ou dans une école privée, les programmes incluent des ateliers de diction, d’improvisation, de gestion du trac, et des exercices réguliers de mémorisation.
Les formations pour apprendre ce travail préparatoire
Pour les lycéens ou les adultes en reconversion qui souhaitent se préparer à ces exigences, plusieurs voies de formation existent :
- Formations initiales post-bac : licences théâtre / arts du spectacle à l’université, écoles nationales supérieures (CNSAD, ENSATT, etc.), conservatoires régionaux.
- Écoles privées de théâtre et de cinéma : programmes professionnalisants sur 2 ou 3 ans, avec un fort volume horaire de pratique, encadrés par des professionnels du secteur.
- Formations courtes et stages intensifs : ateliers de jeu caméra, stages de préparation aux castings, programmes de remise à niveau ou de découverte du métier pour adultes.
Pour une vision globale des compétences à acquérir, des filières possibles et des réalités du secteur, il est utile de consulter notre dossier complet consacré au métier d’actrice et aux parcours de formation associés.
Le début de la journée de tournage : un rythme souvent décalé
Appel, feuille de service et horaires
La journée de tournage commence bien avant la première prise. La veille, l’actrice reçoit la “feuille de service”, un document logistique essentiel qui indique :
- l’heure de convocation (appel) sur le plateau ou en loge,
- le lieu de tournage (studio, extérieur, décors naturels),
- les scènes à tourner, avec les numéros des plans et les partenaires de jeu,
- les informations de transport, de restauration et les contacts de l’équipe.
Les horaires peuvent être très variables : rendez-vous à 6h du matin pour un tournage en extérieur, journées de 10 à 12 heures, voire plus. Les formations professionnelles pour actrices intègrent désormais cette dimension dans leurs contenus pédagogiques, en préparant les élèves à la réalité des rythmes de tournage et à la gestion de la fatigue.
Arrivée sur le plateau, maquillage et costume
Une fois arrivée sur le lieu de tournage, l’actrice commence généralement par se rendre à l’accueil production ou directement en loge, puis en maquillage et habillage.
- Maquillage et coiffure : adaptation au personnage, continuité par rapport aux scènes déjà tournées (raccord), respect des indications artistiques du réalisateur et du chef maquilleur.
- Costume : essayage, ajustements, respect de la chronologie narrative (parfois une scène du “début” du film est tournée après une scène de “fin”, ce qui nécessite une grande rigueur).
- Dernière relecture : révision des répliques pendant le maquillage, échanges avec le réalisateur ou l’assistant mise en scène, clarification d’éventuelles modifications de texte.
Cette première partie de la journée mobilise des compétences relationnelles et organisationnelles : ponctualité, capacité à collaborer avec les équipes maquillage / costume, flexibilité face aux imprévus. Certaines écoles de cinéma et de théâtre organisent des tournages pédagogiques pour habituer les étudiantes actrices à ces contraintes spécifiques.
Sur le plateau : la mécanique précise des scènes et des prises
Brief artistique et technique
Avant de tourner, le réalisateur prend un moment pour expliquer à l’actrice ce qu’il attend de la scène :
- le ton (dramatique, comique, subtil, intense),
- l’évolution émotionnelle à l’intérieur même de la scène,
- la relation avec les autres personnages présents,
- les contraintes techniques (déplacements précis, marques au sol, regard caméra ou non, etc.).
L’assistant mise en scène et le chef opérateur complètent ces informations par des indications plus techniques : emplacement précis, angles de caméra, lumière, zones à éviter pour ne pas sortir du cadre ou gêner l’équipe technique.
Marques au sol, répétitions et filage
Une phase de répétition sans tourner est souvent organisée pour caler les déplacements, les entrées et sorties de champ, l’utilisation d’accessoires. On appelle cela le “blocage” de la scène.
- Marques au sol : petits scotchs ou repères pour indiquer les positions exactes où l’actrice doit se placer à certains moments.
- Répétitions sans caméra : travail sur le rythme, les intentions, les déplacements, sans pression de la prise.
- Répétitions avec caméra : tests de lumière, cadrage, vérification des raccords.
Cet aspect extrêmement technique du métier est souvent travaillé en école de cinéma via des ateliers “jeu face caméra” où les futures actrices apprennent à gérer leur jeu en fonction des axes de prise de vue, de la taille des plans (gros plan, plan américain, plan large) et du rythme de tournage.
Multiplication des prises et exigence de précision
Contrairement à l’idée romantique du “coup de génie” en une seule fois, une scène est souvent tournée en plusieurs prises, voire dizaines de prises :
- pour corriger des détails de jeu (intonation, regard, rythme de la réplique),
- pour ajuster les contraintes techniques (bruit parasite, problème de lumière, faux raccord),
- pour obtenir différentes versions d’un même moment (plus intense, plus retenu, plus rapide…).
L’actrice doit alors être capable de reproduire une émotion, un geste ou une intonation à l’identique, tout en restant authentique et disponible. Cette capacité à maintenir la qualité du jeu sur la durée fait l’objet d’une formation spécifique dans les cursus professionnalisants : exercices de répétition intensive, travail sur la concentration, ateliers sur la gestion du stress et de la fatigue.
Interactions avec l’équipe technique
Sur le plateau, l’actrice ne travaille pas seulement avec le réalisateur et ses partenaires de jeu. Elle interagit constamment avec une équipe technique nombreuse :
- ingénieurs du son (position du micro, niveau de voix),
- chefs opérateurs et cadreurs (position dans le cadre, mouvements de caméra),
- régisseurs (organisation logistique, déplacements, gestion du temps),
- script (raccords, cohérence des gestes, accessoires, continuité des dialogues).
Les formations professionnelles au métier d’actrice prévoient de plus en plus des modules de sensibilisation aux métiers techniques du cinéma et de l’audiovisuel, afin de faciliter la communication entre les différents intervenants sur un tournage.
Temps “off”, pauses et gestion de l’énergie pendant la journée
Attente entre les prises : un temps à gérer intelligemment
Une journée de tournage n’est pas une succession ininterrompue de jeu. Il y a aussi de nombreux temps d’attente, parfois longs, liés à :
- la préparation du décor ou de la lumière pour la scène suivante,
- l’installation du matériel technique,
- les ajustements de maquillage ou de costume,
- les changements de lieu de tournage (d’un décor à un autre).
Ce temps “mort” est en réalité un temps stratégique que l’actrice doit apprendre à utiliser :
- révision des scènes suivantes,
- maintien de la concentration pour rester dans son personnage,
- gestion de la fatigue (repos rapide, hydratation, alimentation adaptée),
- échanges avec le réalisateur pour affiner certaines intentions de jeu.
La gestion de l’énergie et du mental fait partie intégrante de la préparation au métier. Certaines écoles incluent dans leur formation des modules liés au bien-être, à la préparation mentale, voire au coaching, pour aider les futures actrices à tenir sur la durée d’un tournage intensif.
Repas, loges et vie d’équipe
Le temps du repas est souvent un moment important dans la journée de tournage. Il permet :
- de se détendre entre deux blocs de travail,
- de créer du lien avec l’équipe artistique et technique,
- de s’informer sur la suite du planning de la journée.
Pour autant, l’actrice doit rester vigilante : le tournage reprend parfois très vite, et il faut garder un niveau de concentration suffisant pour retourner immédiatement dans le jeu, même après une pause. Là encore, les formations rappellent l’importance de l’hygiène de vie (sommeil, alimentation, gestion du stress) pour pouvoir assumer ces rythmes soutenus.
Après la journée de tournage : suivi, formation continue et construction de carrière
Débrief, préparation du lendemain et continuité artistique
Une fois la journée terminée, le travail n’est pas totalement fini pour l’actrice. Selon les productions, elle peut :
- échanger brièvement avec le réalisateur sur le ressenti de la journée,
- anticiper les scènes du lendemain en relisant le scénario,
- réviser les textes pour arriver prête aux répétitions du jour suivant,
- prendre des notes sur les indications précises reçues pour certains moments clés.
Les formations professionnelles insistent beaucoup sur cette rigueur et cette autonomie : une actrice doit être capable d’organiser son temps de travail personnel en dehors du plateau, afin de maintenir une continuité dans l’interprétation de son personnage tout au long du tournage.
Importance de la formation continue dans un métier en constante évolution
Le métier d’actrice évolue en permanence : nouveaux formats (séries, plateformes de streaming, web-séries), nouvelles exigences de jeu (rythmes plus rapides, tournages plus fragmentés), évolution des thématiques abordées. Pour rester compétitive, une actrice doit souvent se former tout au long de sa carrière.
- Stages de perfectionnement : travail de jeu face caméra, doublage, motion capture, jeu en langue étrangère.
- Formations complémentaires : diction, chant, danse, cascade, comédie musicale, improvisation avancée.
- Compétences transversales : prise de parole en public, connaissance des contrats et du droit du travail dans le spectacle, maîtrise des outils numériques pour la gestion de carrière (self-tapes, réseaux sociaux professionnels, plateformes de casting).
De nombreux organismes de formation continue, en France, proposent des modules spécialisés pour comédiennes et comédiens, souvent finançables dans le cadre de la formation professionnelle (Afdas, CPF, dispositifs régionaux…). Les adultes en reconversion peuvent ainsi compléter une première expérience par des formations courtes, ciblées sur les besoins actuels du marché.
Orientations possibles pour accéder au métier d’actrice
Pour les étudiants et les adultes qui souhaitent structurer leur projet professionnel autour du métier d’actrice, plusieurs grandes familles de formations peuvent être envisagées :
- Filières académiques : licences et masters en arts du spectacle, spécialisations théâtre ou cinéma, parcours parfois complétés par des options de pratique intensive.
- Conservatoires et écoles supérieures publiques : établissements très sélectifs, mais reconnus, qui offrent une formation exigeante et professionnalisante, avec de nombreux partenariats avec des metteurs en scène et réalisateurs.
- Écoles privées de jeu d’acteur : adaptées à des profils variés (post-bac, reconversion), elles proposent des cursus spécialisés en jeu caméra, en théâtre, ou en formation polyvalente.
- Formations professionnelles continues : stages spécifiques (jeu face caméra, casting, acting en anglais), remises à niveau pour comédiennes déjà en activité, accompagnement à la création de réseau professionnel.
Chaque parcours présente des avantages et des contraintes (coût, durée, sélection, volume horaire). L’essentiel est de choisir une formation qui propose un volet pratique important, incluant des tournages pédagogiques, des mises en situation réelles et une préparation aux castings et à la vie professionnelle.
Relier la réalité du plateau aux choix de formation
Comprendre le déroulement minutieux d’une journée de tournage permet de mieux évaluer les compétences nécessaires pour réussir dans le métier d’actrice : rigueur, endurance, travail d’équipe, capacité à se remettre en question, maîtrise technique du jeu face caméra. Les formations les plus pertinentes sont celles qui reproduisent ces conditions de travail :
- travail régulier sur des scènes filmées,
- exercices de tournage avec horaires réalistes,
- collaboration avec des étudiants techniciens, réalisateurs, scénaristes,
- évaluation continue des performances et retour individualisé.
Pour toutes celles et ceux qui souhaitent aller plus loin dans la découverte de ce métier et de ses voies d’accès, l’exploration des programmes de formation, des écoles et des dispositifs d’orientation disponibles en France est une étape incontournable. Une bonne connaissance de la réalité du tournage, dès la phase d’orientation, permet d’anticiper les exigences du métier et de choisir une formation vraiment adaptée à son projet d’actrice.
