À quoi ressemble vraiment le quotidien d’un architecte d’intérieur ? De la première esquisse à la livraison
Le métier d’architecte d’intérieur fait rêver : beaux espaces, projets créatifs, chantiers spectaculaires… Mais derrière les photos Instagram et les reportages télé, à quoi ressemble vraiment le quotidien de ces professionnels ? Pour un lycéen en recherche d’orientation ou un adulte en reconversion, comprendre la réalité du métier est essentiel avant de s’engager dans une formation exigeante et souvent longue.
Le quotidien d’un architecte d’intérieur : une semaine type, entre bureau, clients et chantiers
Un métier loin d’être uniquement créatif
On imagine souvent l’architecte d’intérieur comme un artiste passant ses journées à dessiner des esquisses. La réalité est plus nuancée : le travail créatif ne représente qu’une partie du temps. Le reste est consacré à la gestion de projet, à la coordination des intervenants et aux aspects administratifs.
Sur une semaine type, un architecte d’intérieur peut répartir son temps de la manière suivante (à titre indicatif) :
- 20 à 30 % sur la conception (croquis, plans, modélisation 3D, choix de matériaux)
- 20 à 30 % sur les rendez-vous (clients, artisans, fournisseurs, visites de chantier)
- 20 à 30 % sur la gestion de projet (planning, devis, suivi budgétaire, coordination)
- 10 à 20 % sur l’administratif et la prospection (devis, facturation, communication, réseaux sociaux)
Selon qu’il travaille en agence, en indépendant ou en interne dans une entreprise (retail, hôtellerie, promotion immobilière…), cet équilibre varie, mais on retrouve toujours ces grandes dimensions dans le quotidien.
Une journée type en agence ou en indépendant
Pour se représenter concrètement le quotidien, voici à quoi peut ressembler une journée type d’architecte d’intérieur travaillant en agence ou à son compte :
- 9h00 : Revue des mails et du planning – L’architecte d’intérieur commence généralement par faire le point sur les urgences : demandes de devis, retours de clients sur une proposition, questions des artisans sur un chantier, relances fournisseurs, etc.
- 9h30 : Travail de conception – Sur une nouvelle mission, il peut s’agir de croquis rapides sur papier, de mise au propre sur logiciel (AutoCAD, SketchUp, Revit, Archicad, etc.), ou de moodboards (planches d’inspiration) pour définir l’ambiance générale.
- 11h00 : Rendez-vous client – Présentation d’une première esquisse, d’un avant-projet ou d’un projet finalisé. Ce temps sert à recueillir les retours, ajuster le cahier des charges et valider les grandes orientations.
- 13h30 : Visite de chantier – Contrôle de l’avancement des travaux, vérification de la conformité avec les plans, échanges avec les entreprises (plaquistes, électriciens, peintres, menuisiers…). C’est une étape essentielle pour anticiper les problèmes techniques.
- 15h30 : Adaptation des plans – Suite à la visite de chantier ou aux retours du client, l’architecte d’intérieur ajuste les plans, les coupes, les détails techniques, ou revoit certains choix de matériaux et de mobiliers.
- 17h00 : Gestion administrative – Rédaction ou mise à jour des devis, factures, ordres de service, planning prévisionnel, mise en forme de dossiers pour les appels d’offres ou les autorisations éventuelles.
- 18h00 : Veille et inspiration – Lecture de magazines spécialisés, consultation de sites et réseaux professionnels, visites de showrooms ou salons (lorsque possible) pour rester à jour sur les tendances, les nouvelles normes et les innovations matériaux.
Cette journée type est évidemment variable : certains jours peuvent être largement monopolisés par les visites de chantier, d’autres par la préparation d’un concours ou d’un dossier de permis de construire (dans les limites de ce que l’architecte d’intérieur a le droit de signer).
De la première esquisse à la livraison : les grandes étapes d’un projet d’architecture d’intérieur
1. Premier contact et analyse du besoin
La première étape est une phase d’écoute et de compréhension du client. L’architecte d’intérieur doit :
- Récolter des informations précises sur le projet : surface, budget, délais, fonctions des espaces, contraintes techniques ou réglementaires.
- Identifier le style souhaité (contemporain, classique, industriel, minimaliste, etc.) et l’usage réel des lieux (habitation principale, location, bureaux, accueil du public…).
- Analyser l’existant : volumes, lumière, circulation, structure porteuse, réseaux (électricité, plomberie…), matériaux déjà présents.
Cette phase se traduit souvent par :
- Un ou plusieurs entretiens au bureau ou sur site
- Un relevé de mesures détaillé si aucun plan fiable n’est disponible
- La formalisation d’un cahier des charges, parfois sous forme de programme écrit
2. Esquisse (ESQ) : premières pistes créatives
À partir du cahier des charges, l’architecte d’intérieur propose une ou plusieurs esquisses. Il s’agit d’une première réponse créative, qui met en forme les grandes intentions :
- Organisation des espaces (zonage, circulation)
- Hypothèses de démolition ou création de cloisons
- Implantation du mobilier principal
- Ambiances générales (lumière, matériaux, couleurs)
Cette étape peut prendre la forme de plans simplifiés, de croquis à main levée, de collages ou de moodboards. Elle permet au client de se projeter sans entrer encore dans le détail technique.
3. Avant-projet (APS / APD) : affiner le concept et valider les choix
Une fois l’esquisse validée dans ses grandes lignes, l’architecte d’intérieur entre dans une phase plus détaillée appelée avant-projet. Elle se décline parfois en deux sous-étapes :
- APS (Avant-Projet Sommaire) : mise au propre des plans à une échelle plus précise, volumes globalement définis, premiers choix de matériaux et principes d’éclairage.
- APD (Avant-Projet Définitif) : plans, coupes et élévations plus détaillés, implantation précise des équipements (cuisine, salle de bains, postes de travail, etc.), validation de l’ambiance (nuancier, références de matériaux, exemples de mobiliers).
Dans certains cas, l’architecte d’intérieur réalise également des perspectives 3D ou des rendus photoréalistes pour faciliter la compréhension et la prise de décision du client. C’est souvent à ce stade que le budget global est affiné et que l’on vérifie la faisabilité économique du projet.
4. Projet (PRO) : les plans techniques détaillés
Une fois l’avant-projet validé, le travail devient très technique. Le projet d’exécution comprend notamment :
- Plans d’aménagement cotés (implantation définitive)
- Plans d’électricité et d’éclairage (prises, interrupteurs, points lumineux, scénarios d’éclairage)
- Plans de plomberie, chauffage, ventilation selon les besoins du projet
- Plans de faux-plafonds, sols, revêtements muraux
- Détails de menuiseries sur mesure (cuisines, rangements, meubles intégrés) avec cotations précises
- Listes de matériaux, de revêtements et de finitions
Ces documents servent de base pour la consultation des entreprises et la réalisation des travaux. Ils doivent être suffisamment précis pour éviter les incompréhensions et les surcoûts en cours de chantier.
5. Consultation des entreprises et suivi administratif
À partir du dossier de projet, l’architecte d’intérieur peut :
- Lancer une consultation auprès de plusieurs entreprises (électricien, plombier, plaquiste, peintre, carreleur, menuisier, etc.)
- Comparer les devis, vérifier leur cohérence, identifier les postes manquants ou surévalués
- Aider le client à choisir les intervenants en fonction du budget et du niveau de qualité attendu
Cette phase inclut aussi, dans certains cas, des démarches administratives (déclaration préalable de travaux, autorisation de la copropriété, etc.). Selon la nature du projet, l’intervention d’un architecte DPLG ou HMONP peut être nécessaire, notamment pour les questions de structure ou les surfaces au-delà d’un certain seuil.
6. Direction et suivi de chantier
Durant toute la durée des travaux, l’architecte d’intérieur assure un rôle de chef d’orchestre :
- Organisation de réunions de chantier régulières
- Vérification de la bonne compréhension des plans par les entreprises
- Contrôle de la conformité des travaux avec le projet validé
- Anticipation et résolution des problèmes techniques ou des imprévus (réseaux mal positionnés, murs non droits, contraintes structurelles découvertes en démolition…)
- Suivi du planning d’exécution et alerte en cas de retard
- Suivi budgétaire, arbitrage en cas de dépassement potentiel
C’est un moment clé du projet : il demande beaucoup de réactivité, un sens du dialogue et une certaine fermeté pour défendre les intérêts du client tout en maintenant une relation de travail fluide avec les artisans.
7. Réception des travaux et remise au client
La phase de livraison ne se résume pas à remettre les clés. L’architecte d’intérieur doit :
- Effectuer une visite détaillée des lieux avec le client
- Lister les éventuelles réserves (finitions, défauts, éléments non conformes)
- Organiser les corrections avec les entreprises concernées
- Vérifier la levée des réserves dans un délai donné
Dans certains cas, l’architecte d’intérieur prend aussi en charge :
- La sélection et l’installation du mobilier
- La décoration finale (luminaire, textiles, objets décoratifs)
- La mise en scène pour une location, une vente ou une inauguration
Cette dernière étape est souvent la plus gratifiante : le projet, longtemps resté à l’état de plans et de maquettes, devient un lieu de vie ou de travail concret, utilisé par ses occupants.
Compétences, outils et qualités indispensables au quotidien
Une solide base technique
Au-delà de la créativité, un architecte d’intérieur doit maîtriser un ensemble de compétences techniques qui structurent sa pratique quotidienne :
- Lecture et réalisation de plans à différentes échelles
- Connaissance des matériaux (performances, contraintes de pose, entretien, coûts)
- Règles d’ergonomie et de confort (dimensions des circulations, hauteurs, distances de recul…)
- Principes d’éclairage (type de sources, intensité, température de couleur, ambiance)
- Bases réglementaires (sécurité incendie, accessibilité, normes électriques, acoustique, etc.)
Plus le secteur d’intervention est complexe (ERP, hôtellerie, commerce, santé), plus ces connaissances doivent être approfondies, et plus la collaboration avec d’autres spécialistes (architectes, bureaux d’études techniques) devient essentielle.
Des outils numériques omniprésents
Le quotidien de l’architecte d’intérieur est désormais fortement digitalisé. Parmi les outils les plus utilisés :
- Logiciels de dessin technique (AutoCAD, Archicad, Revit)
- Logiciels de modélisation 3D (SketchUp, 3ds Max, Rhino, etc.)
- Outils de rendu et de visualisation (V-Ray, Lumion, Enscape, Twinmotion…)
- Logiciels de PAO pour les dossiers (Photoshop, InDesign, Illustrator)
- Outils de gestion de projet et de partage de fichiers (Trello, Notion, plateformes collaboratives, cloud)
La maîtrise de ces outils est aujourd’hui un prérequis pour être opérationnel, que ce soit en agence ou en indépendant. Les formations initiales et continues intègrent de plus en plus ces compétences numériques dans leurs programmes.
Soft skills et qualités humaines
Le métier repose aussi sur des qualités personnelles essentielles au quotidien :
- Capacité d’écoute pour comprendre réellement les besoins et contraintes des clients
- Esprit de synthèse pour transformer un cahier des charges complexe en concept clair
- Sens de la communication pour expliquer, rassurer, négocier, convaincre
- Organisation et rigueur pour suivre plusieurs projets en parallèle sans perdre le fil
- Adaptabilité pour gérer les imprévus de chantier et les changements de dernière minute
- Résistance au stress pour faire face aux délais, aux contraintes budgétaires et aux exigences parfois fortes des clients
Ces compétences relationnelles se développent avec l’expérience mais peuvent aussi être travaillées dans le cadre de formations professionnalisantes (ateliers de communication, gestion de projet, mise en situation professionnelle, etc.).
Comment accéder à ce quotidien ? Parcours de formation et pistes d’orientation
Un métier qui s’apprend : l’importance de la formation initiale
Devenir architecte d’intérieur ne s’improvise pas : la technicité du métier et la responsabilité vis-à-vis des clients imposent une formation solide. En France, plusieurs types de cursus y préparent :
- Écoles spécialisées en architecture d’intérieur – Souvent accessibles via concours ou dossier après le bac, elles proposent des formations de niveau bac+3 à bac+5, reconnues par l’État et parfois labellisées par le Conseil Français des Architectes d’Intérieur (CFAI).
- Écoles d’art et de design – Certaines options ou parcours orientés « espace » ou « design d’espace » permettent de se spécialiser progressivement en architecture intérieure.
- Formations universitaires ou écoles d’architecture – Quelques parcours intègrent des dimensions d’architecture intérieure ou de scénographie, mais ils mènent parfois à des métiers connexes (design d’espace, architecture, urbanisme).
Les formations les plus reconnues mettent l’accent sur :
- La maîtrise du dessin, du croquis et de la représentation spatiale
- Les fondamentaux architecturaux (volumes, lumière, proportions, circulation)
- La connaissance des matériaux et techniques de construction intérieure
- L’apprentissage des logiciels professionnels
- La pédagogie par projets, souvent en partenariat avec des entreprises ou des collectivités
Formation professionnelle et reconversion : des parcours possibles à l’âge adulte
De nombreux adultes envisagent une reconversion vers l’architecture d’intérieur, attirés par la créativité et la dimension concrète du métier. Dans ce cas, plusieurs options existent :
- Formations professionnelles courtes (de quelques mois à un an) orientées vers une montée en compétences pratique, souvent compatibles avec une activité professionnelle ou un congé de reconversion.
- Formations diplômantes ou certifiantes éligibles au CPF ou à d’autres dispositifs de financement, permettant de valider un niveau reconnu (titre professionnel, RNCP, etc.).
- Parcours hybrides combinant enseignement à distance, ateliers en présentiel et stages en entreprise.
Pour les adultes, la question du financement (CPF, Transition Pro, Pôle emploi, plan de développement des compétences) et de la compatibilité avec la vie familiale et professionnelle est centrale. Les organismes sérieux accompagnent en général leurs candidats sur ces aspects (bilan de projet, construction du plan de formation, recherche de stages).
Stages, alternance, portfolio : se préparer au réel quotidien du métier
Que l’on soit étudiant ou en reconversion, l’immersion en situation professionnelle est déterminante pour comprendre la réalité du quotidien :
- Stages en agence ou en bureau d’études : observation des réunions clients, participation à la production de plans, visite de chantiers, préparation de dossiers…
- Contrats d’alternance (apprentissage, professionnalisation) : intégration progressive à une équipe, gestion de projets concrets, prise de responsabilités.
- Projets personnels ou associatifs : réaménagement d’un local, participation à un concours, collaboration avec des artisans locaux…
Dans tous les cas, la constitution d’un portfolio est essentielle :
- Présenter des projets variés (habitat, tertiaire, commerces, scénographie, etc.)
- Montrer le processus complet : esquisses, plans, 3D, photos de maquettes ou de chantiers
- Mettre en avant les compétences techniques et graphiques
Ce portfolio devient une véritable carte de visite lors des recherches de stages, d’emploi ou des premiers clients en freelance.
S’informer en détail sur le métier et les formations possibles
Avant de s’engager dans un cursus, il est recommandé de :
- Comparer les contenus pédagogiques des différentes écoles et organismes de formation
- Vérifier la reconnaissance des diplômes (RNCP, reconnaissance par le CFAI, niveau bac+3 / bac+5, etc.)
- Identifier les débouchés proposés : insertion professionnelle, réseaux d’anciens, partenariats entreprises
- Analyser les modalités d’apprentissage : présentiel, distanciel, alternance, projets tutorés
Pour aller plus loin, vous pouvez consulter notre dossier complet consacré au métier et aux formations d’architecte d’intérieur, qui détaille les parcours d’études, les conditions d’accès, les perspectives d’emploi et les établissements qui proposent ce type de cursus en France.
Comprendre le quotidien réel de l’architecte d’intérieur, depuis les premières esquisses jusqu’à la livraison d’un chantier, permet d’aborder plus lucidement son projet d’orientation ou de reconversion. C’est en confrontant ses envies aux exigences concrètes du métier, et en choisissant une formation adaptée, que l’on met toutes les chances de son côté pour exercer ce métier dans la durée.
